18.03.2007
Les bulles spéculatives
En Mars 2000, l’indice boursier du NASDAQ passait la barre des 5000 points, c’était la fin d’une bulle spectaculaire dont les experts disaient qu’elle ne finirait jamais, car il s’agissait d’une « nouvelle économie ». Un an plus tard, en mars 2001 l’indice avait chuté de 50% pour atteindre les 2500 points. A l’époque, j’avais écrit un billet, sur un forum de discussion économique, disant que je pensais qu’il faudrait au moins 5 ans pour retrouver le niveau de mars 2000. J’avais reçu des dizaines de mails, de prétendus experts, m’expliquant que je n’avais rien compris aux nouvelles technologies, qu’il s’agissait en fait d’une opportunité d’achat, la marché allait rebondir dans l’année.
Pour le coup, je m’étais en effet trompé, car en mars 2001 je pensais que le NASDAQ avait atteint le fond du trou et remonterait tranquillement sur cinq à dix ans. En fait, le NASDAQ a continué à descendre pendant l’année 2001, et une partie de 2002, pour atteindre 1500 points ! (-70% au finish). Et aujourd’hui, six ans plus tard, l’indice boursier est toujours 55% en dessous de son sommet de mars 2000, il est à 2300 points. En fait il n’est même pas revenu au niveau de mars 2001, époque à laquelle j’écrivais mon article..
Ces derniers mois, alors que la nouvelle bulle, immobilière celle là, arrive à son apogée outre atlantique, les « experts », sont toujours plein de conseils. En début d’année, ils expliquaient encore que les risques systémiques étaient minimes, et ils recommandaient aux petits épargnants d’investir dans les actions des compagnies de financement de prêts immobiliers. Les commentaires étaient particulièrement élogieux pour New Century Financial et pour Nova-Star Financial. Mais la semaine dernière, moins de 3 mois plus tard, l’action New Century Financial avait perdu 94% de sa valeur, et l’action Nova-Star Financial avait perdu 85% de sa valeur, les deux compagnies sont au bord de la faillite ! Appelez moi cynique, mais je pense que, quand on a beaucoup d’argent et beaucoup de pouvoir, les « experts indépendants » ne sont plus que des employés (il faut bien que quelqu’un raconte une belle histoire aux petits porteurs pour les convaincre d’acheter vos actions, qui sont sur le point de s’écrouler) . Quand la marrée se retire, ce n’est jamais le gros poisson qui se retrouve coincé sur le sable chaud .
J’en parle aujourd’hui à cause d’un article vu dans Le Figaro de ce week-end « Bourses : Ne vendez pas… Les spécialistes conseillent aux épargnants de garder leur sang-froid. ». Je ne sais pas si les marchés financiers européens vont être touchés par la crise des produits dérivatifs américains, je n’en ai pas la moindre idée . Mais je sais que, quand « l’expert » de chez Rothschild, me dit ; Ne vendez pas… en gros titre, dans le journal de monsieur Dassault…, il faut s’attendre au pire.
Quel est le rapport avec Luz ? C’est simple, il y a des «experts» dans tous les domaines, et dans le domaine du tourisme, nos «experts» recommandent à des dizaines de villages de montagne, d’encourager la construction de milliers de lits supplémentaires sous forme de résidences de tourisme, sachant fort bien que le marché est déjà complètement saturé ! On arrive à nous faire
croire que créer des lits, dans toutes les stations de la chaîne, va créer de la demande ! ça me dépasse. Au même moment, d’autres « experts » vont convaincre les petits épargnants que l’acquisition d’appartements en résidence de tourisme est un investissement porteur et sans risque. On parle de prime fiscale, et de garanties de revenus locatifs, et sans la moindre visite sur place, l’appartement est vendu. La bulle de la résidence de tourisme est en marche, et à ce jeu des chaises musicales, quand la musique va s’arrêter, vous pouvez être sûr que se ne sont pas les développeurs, qui vont se retrouver sans chaise.
Pour cacher ce qui semble évident à de nombreux professionnels, nos « experts » du tourisme ont inventé un nouveau concept. Il ne faut surtout pas dire que l’offre d’hébergement touristique est déjà trop importante par rapport à la demande, alors on parle aujourd’hui du problème des « lits froids », et de leur nombre grandissant, autant dans les Alpes que dans les Pyrénées ? (ça sera le sujet d’un prochain billet).
Pour ce qui est des petits hébergeurs locaux, on nous dit qu’ils n’ont pas à craindre le dumping pratiqué par ces nouvelles structures, car les groupes, qui commercialisent les lits, démarchent une clientèle différente et apportent leurs propres clients. Comme si tous ces gens qui remplissent les résidences de tourisme n’étaient jamais allé au ski avant ! C’est vraiment nous prendre pour des demeurés, et ça en serait presque risible, si ça n’avait pas un grave impact sur l’équilibre économique et social de petites communes de montagne, comme Luz.
Laurent Grandsimon
22:00 Publié dans Urbanisme | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note




Commentaires
J'aime bien tomber sur ce genre d'article. Fin 1999, j'écrivais un article sur AOL (à propos de la fusion avec Time Warner, si mes souvenirs sont bons) en faisant état dans ma chute des premiers commentaires qui filtraient sur la surévaluation de toutes les start-up de la nouvelle éco. La rédaction a sucré ma chute.
Au mois de février 2000, je suis retourné travailler pendant quelques jours pour une petite chaîne de tv où tous mes anciens collègues passaient leur journée sur Boursorama. Comme je passais pour un spé de la nouvelle éco, j'ai été assailli de demandes de conseil pour savoir sur quelle nouvelle start-up investir. Et assez brutalement, j'ai conseillé à tout un chacun de tout vendre le plus rapidement possible et de prendre ses bénéfices.
Il va de soi que personne n'a écouté mon conseil, et que certains ont perdu beaucoup d'argent quelques semaines plus tard.
Ecrit par : Philippe Astor | 19.03.2007
Philippe,
Merci de ta visite sur mon blog. En 2000, je travaillais chez Gateway en Australie, compagnie très sympa mais dont la capitalisation ne reposait sur RIEN ! Quand j’ai eu mes premières options en 99, tous mes copains, absolument tous mes copains, m'ont expliqué que j'étais fou de vendre (les quelques options que j'avais) au prix de 66$. Aujourd'hui le titre GTW est à 2.25$ et toutes les options distribuées après 1999, sont bel et bien « dans l’eau » . Nous sommes peu a avoir eu le courage d'appeler ça une bulle spéculative.
Mais on n’apprend jamais des erreurs des autres, et ils sont aussi nombreux à avoir acheté de l’immobilier aux US, au plus haut de la vague, en 2006!
Et qui se souvient de la plus belle la plus grande et la plus absurde des bulles spéculatives, la Tulipomania de 1636 !
Au plus fort de la bulle spéculative, en 1636, un seul bulbe de tulipe valait un carrosse, deux chevaux et tout leur harnachement
http://fr.wikipedia.org/wiki/Tulipomanie
Your blog is now in my favorites.
Ecrit par : lg | 19.03.2007
L'abondance des liquidités mondiales est largement à l'origine de l'inflation du prix des actifs qu'ils soient immobiliers, financiers ou physiques (matières premières). Tu as raiosn lg de pointer le risque de surinvestissement en matière d'immobilier de défiscalisation (résidences de tourismes, étudiantes etc). La bulle qui me paraît la plus dangereuse est celle des opérations de LBO avec un véritable risque systémique.
Ecrit par : Denis CASTEL | 20.03.2007
Les commentaires sont fermés.